Il y a une dizaine d’années, j’ai séjourné pendant un mois en Australie. Je partais alors sur les traces des cinquante-huit patriotes exilés en 1840. Après avoir marché le vieux Sydney en long et en large, j’avais cherché dans les musées et sillonné le bush pour comprendre comment ils avaient pu survivre à cette terrible déportation. Au terme de ces recherches, j’étais rentrée au Québec avec des images de mer, d’eucalyptus, de figuiers étrangleurs, de goannas, de kookaburras, de kangourous, et j’avais écrit La Route de Parramatta, un roman qui raconte le destin de Désiré, Étienne et Hippolyte.
Je ne savais pas que ce même destin, parfois si étrange, me ramènerait en Australie, mais cette fois pour une raison complètement différente.
Ma fille est vétérinaire de zoo. Après avoir travaillé pendant six ans au Lincoln Park Zoo de Chicago, elle a eu envie d’un nouveau défi. Lors d’un récent voyage en Australie, elle a entendu dire qu’on demandait un vétérinaire à l’Australia Zoo, dans le Queensland. Elle est vite allée rencontrer la directrice et lui a fait part de son désir de venir travailler en terres australes. Deux mois plus tard, elle obtenait le poste.
J’aurais dû me douter que cela arriverait un jour, car, en 2000, j’avais publié un roman jeunesse intitulé Les Chats du parc Yengo. Ce livre racontait l’histoire d’une jeune vétérinaire prénommée Claude (comme ma fille) qui avait envie de découvrir le monde et qui était venue travailler en Australie.
Coïncidence ou prémonition?
Quoi qu’il en soit, voilà que Claude travaille maintenant au zoo fondé par Steve Irwin, le Crocodile Hunter, ce personnage haut en couleur dont tout le monde a pu voir les exploits à la télévision et qui est décédé il y a peu de temps, piqué par une raie. Cet homme est mort trop jeune, mais il a accompli de grandes choses. Le zoo qu’il a laissé, de même que l’immense hôpital pour la faune qui est présentement en construction et qui sera terminé dans un mois témoignent de son engagement profond envers les animaux.
Ma fille s’est donc jointe avec enthousiasme à l’équipe de Wildlife Warriors déjà en place, mais partir à l’autre bout de la terre ne se fait pas en criant ciseaux! Obtenir un visa et une licence de vétérinaire, vendre meubles et auto, confier son chat à une amie, traverser la planète et débarquer en terre inconnue, voilà qui demande une certaine dose de courage. Et ce n’est pas tout! Il faut ensuite trouver un appartement, acheter une auto et apprendre à conduire à gauche, se munir d’Internet, d’un cellulaire, d’un permis de conduire australien, etc… J’ai pensé qu’il serait plus facile de découvrir cette nouvelle vie à deux, et c’est la raison pour laquelle je me retrouve en Australie pour quelques semaines.
Pendant que Claude travaille, je marche pendant des heures le long de la mer omniprésente, avec ses surfers intrépides et ses kitesurfers d’une extraordinaire adresse. J’observe les oiseaux: les cassicans, les polochions, les échenilleurs, les martins-chasseurs, les loriquets, les cacatoès, les pélicans, les cormorants et tous les autres.
Et je cherche Désiré, ce personnage de La Route de Parramatta pour lequel j’avais tant d’affection et que j’ai dû laisser en Australie à la fin du roman. Si jamais je le retrouve, je vous promets de vous dire ce qu’il est devenu…