Au moment où je m’apprêtais à prendre l’avion pour la Nouvelle-Zélande, un malheur frappait ce petit pays du bout du monde. Un tremblement de terre venait de détruire le cœur de Christchurch, une ville de l’Île du Sud dont plusieurs m’avaient vanté la beauté. Je n’étais pas encore partie, et déjà je savais qu’il me manquerait une part importante de ce pays amputé et en deuil. Pendant mon séjour là-bas, j’ai souvent pensé aux victimes de ce séisme, disparues sous les décombres.
Malgré tout, la tristesse et le désarroi n’ont pu avoir raison de ce pays de mer et de montagnes, cette terre unique, où personne ne se surprendrait outre mesure de rencontrer Bilbo le Hobbit en chair et en os. Ces montagnes aux allures énigmatiques ne peuvent en effet abriter que des êtres étranges. Des chemins étroits et sinueux les abordent maladroitement, s’immisçant dans le mystère sans jamais le percer. Toujours, elles dominent, impénétrables, immuables. Surgies de terre depuis la nuit des temps, elles ont façonné le pays, qui s’est érigé tant bien que mal autour d’elles. Volcans, geysers, falaises, tout semble jaillir du sol et vouloir s’élever vers le ciel. Même les simples collines, avec leur dos rond et chauve, et les piquets de clôture qui grimpent sur leur flanc, réussissent à en imposer. Des moutons y paissent en toute tranquillité, se reposant à tour de rôle sur les sentiers tracés en spirale.
Car les moutons, évidemment, sont partout.